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Soutenir un ado face au harcèlement scolaire : repérer et réagir

Par Maxime
5 minutes

Comprendre le harcèlement scolaire chez les adolescents : un enjeu majeur

Le harcèlement scolaire n’est pas une fatalité : il s’agit d’un phénomène qui touche, chaque année, un nombre important de jeunes en France. À l’adolescence, période charnière du développement personnel, subir du harcèlement peut laisser des traces profondes sur la santé mentale, la confiance en soi et la scolarité. Les parents comme les éducateurs jouent un rôle central pour détecter les signaux d’alerte et agir à temps.
Mais comment reconnaître les signaux parfois discrets qui doivent alerter et, surtout, quelles démarches adopter pour accompagner efficacement son ado ? Voici les repères et conseils pratiques pour soutenir, protéger et dialoguer concretement.


Identifier les premiers signaux d’alerte : repérer ce qui change

  • Modifications d’humeur ou repli sur soi : un ado qui s’isole, parle moins, évite les conversations ou semble triste, anxieux, irritable sans cause apparente.
  • Chute soudaine des résultats scolaires : perte de motivation, refus de se rendre au collège ou au lycée, travail bâclé ou absent.
  • Peur ou angoisse à l’idée d’aller en cours : plaintes de maux de ventre, de tête, cauchemars, insomnies, crises d’angoisse la veille de la rentrée ou de certaines journées.
  • Changements dans les habitudes : repas sautés, perte ou prise de poids, négligence de l’hygiène, perte d’intérêt pour les activités appréciées.
  • Apparition de blessures inexpliquées : ecchymoses, vêtements déchirés, objets manquants ou cassés.
  • Dégradation des relations sociales : isolement des amis habituels, blocage ou suppression de comptes sur les réseaux sociaux, fermeture soudaine à toute communication via téléphone ou internet.
  • Propos alarmants ou auto-dépréciation : discours négatif sur soi, sur l’école, sur les autres : « je suis nul/le », « personne ne m’aime », « je suis de trop »...

Distinguer harcèlement et conflit : des critères essentiels

Il ne s’agit pas de confondre un conflit ponctuel entre adolescents et une situation de harcèlement. Ce dernier se caractérise par :

  • La durée : le harcèlement s’inscrit dans la répétition, il persiste dans le temps (plusieurs jours, semaines, mois).
  • La volonté de nuire : il implique une intention délibérée de blesser (physiquement, verbalement ou moralement).
  • Un rapport de force déséquilibré : la victime se sent impuissante, isolée, sans moyen de défense.

Le harcèlement peut prendre des formes multiples : insultes, moqueries, rumeurs, exclusion du groupe, violences physiques, vol ou dégradation des affaires personnelles, ainsi que le cyberharcèlement (partage d’images, d’informations, insultes en ligne, intimidation via les réseaux sociaux).


La posture du parent à adopter : présence, écoute, vigilance

Ouvrir le dialogue sans juger ni minimiser

  • Choisissez un moment calme : ne forcez pas un aveu à chaud, proposez simplement d’écouter si “quelque chose ne va pas” et rappelez que vous serez toujours là en cas de souci.
  • Restez factuel : décrivez ce que vous observez (« Je vois que tu es triste ces derniers temps et que tu ne veux plus aller au collège »), sans poser d'accusations.
  • Évitez les fausses bonnes réactions : « Ignore, sois fort », « C’est la vie, tout le monde passe par là », « Tu dois te défendre seul/e »… Ces attitudes n’aident pas et risquent d’isoler encore plus l’ado.

Accueillir les émotions et valider la souffrance

  • Acceptez la tristesse, la colère, la honte : dites par exemple “Je comprends que cela te fasse mal. Ce n’est pas normal de subir cela.”
  • Reformulez ce que votre ado exprime, même si cela vous dépasse ou choque.
  • Montrez que vous écoutez pour comprendre, pas pour juger ou pour “sauver”.

Que faire concrètement : premières stratégies à mettre en place

  • Rassemblez les faits : notez ensemble, de façon chronologique, les événements, messages, captures d’écran ou photos liés aux faits (traces écrites précieuses en cas de démarches officielles).
  • Envisagez les proches relais : un oncle, cousin, animateur d’un club, prof de confiance... Parfois, le dialogue s’ouvre plus facilement ailleurs qu’avec les parents.
  • Rassurez sur la procédure : expliquez que la victime n’a jamais à porter la responsabilité et que des solutions existent.
  • Maintenez un climat de sécurité : proposez plus de moments partagés : balades, jeux, sorties sans rapport avec l’école pour donner des temps de “décompression”.

Impliquer l’établissement scolaire : comment agir avec l’école

Faire le point avec l’établissement

  • Contactez l’enseignant principal, le CPE ou le chef d’établissement : Demandez un rendez-vous confidentiel pour exposer la situation sans alarmisme mais avec fermeté.
  • Présentez les faits : fournissez une chronologie, exemples précis, copies de messages...
  • Soyez constructif, mais exigez la mise en place d’actions claires : isolement surveillé, entretiens, sensibilisation à l’échelle de la classe, médiation ou changement d’organisation si besoin.

Connaître les outils et ressources à disposition

  • Le programme pHARe et les référents “harcèlement” : chaque établissement dispose désormais de personnes formées à la gestion de ces situations.
  • Numéros et plateformes d’aide : 3018 (Net Écoute pour le cyberharcèlement), 3020 (Non au harcèlement scolaire) : anonymat, conseils, orientation.
  • Le signalement en ligne : possibilité de signaler un contenu illicite ou insultant sur les réseaux sociaux, avec appui de l’équipe plateforme.

Préserver la confiance et l’estime de soi de son ado

  • Valorisez ses qualités et ses efforts : retrouvez des activités où il/elle se sent compétent.e (sport, art, engagement associatif…).
  • Soutenez le maintien de liens sociaux : encouragez à garder contact avec les amis positifs, même en dehors du cadre scolaire (jeux vidéo à distance, sorties, etc.).
  • Proposez si besoin un accompagnement professionnel : conseiller d’orientation, psychologue scolaire, thérapeute extérieur peuvent faire reprendre confiance ou dénouer une situation de stress ou d’isolement qui dure.

Pièges fréquents et erreurs à éviter pour les parents

  • Demander à “se venger” ou rendre les coups : cela risque d’aggraver la situation ou de retourner la responsabilité contre votre ado.
  • Tenter de régler le problème soi-même avec les familles des auteurs : sans accompagnement de l’école, la confrontation reste risquée, souvent inutile, voire dangereuse.
  • Banalisé ou minimiser (“c’est pas si grave…”) : toute souffrance répétée est sérieuse et mérite une écoute.
  • Surprotéger en coupant tout lien social : empêcher les sorties, interdire les réseaux sociaux sans dialogue peut enfermer votre ado dans sa solitude.

Checklist pratique pour protéger et accompagner son ado

  1. Écoutez sans jugement, favorisez les confidences en créant un climat d’ouverture.
  2. Observez les signes de mal-être ou de repli, même discrets.
  3. Documentez les faits et rassemblez des preuves pour alerter l’école au besoin.
  4. Sollicitez les équipes pédagogiques, informaez-vous sur les cellules harcèlement et dispositifs anti-harcèlement existants.
  5. Encouragez votre enfant à garder ou reconstruire une vie sociale et à poursuivre au moins une activité ressource en dehors de l’école.
  6. Proposez un accompagnement professionnel si le mal-être s’installe : il n’y a aucune honte à demander un soutien extérieur!
  7. Gardez le lien, expliquez que le harcèlement peut toucher chacun et que le silence ne doit plus être la règle.

Quand et pourquoi demander de l’aide : sortir de l’isolement

Si la situation dure, empire, déborde sur la santé physique (troubles alimentaires, troubles du sommeil, auto-mutilation…) ou le moral (dépression, idées noires), n’attendez pas : Adressez-vous à votre médecin traitant, à un psychologue ou consultez les ressources spécialisées (Maison des adolescents, services municipaux, associations de lutte contre le harcèlement, plateformes téléphoniques). Parler à une tierce personne extérieure spécialisée peut libérer la parole et aider à la reconstruction.
Mieux vaut prévenir que subir se sentir isolé face à une situation qui déborde la cellule familiale.


Briser le silence, une étape cruciale vers la réparation

En aidant votre ado à exprimer ce qu’il vit, sans jamais lui faire porter la responsabilité du harcèlement, vous ouvrez la voie à une sortie de crise. Beaucoup d’adolescents s’en sortent renforcés grâce à l’écoute de leurs proches, au soutien des professionnels, et à la réaffirmation de leur valeur propre.
Soutenons nos adolescents en leur offrant une vigilance jamais intrusive, un dialogue sans tabou, et des relais concrets. Le harcèlement scolaire se combat collectivement ; personne ne doit affronter cela seul.


Pour aller plus loin : guides, ressources d’écoute et témoignages de familles ayant traversé le harcèlement scolaire sont à retrouver sur bonsplansfamille.fr, rubrique Ados et Santé des enfants.
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