Parentalité

Gérer les disputes entre frères et sœurs : astuces concrètes

Par Maxime
6 minutes

Pourquoi les conflits entre frères et sœurs sont-ils inévitables ?

Petites tensions, disputes enflammées ou rivalités à répétition : la vie en fratrie est rarement un long fleuve tranquille. Qu’ils aient un, deux ou plusieurs enfants, tous les parents sont concernés par des chamailleries régulières qui peuvent parfois épuiser le climat familial. Mais avant de vouloir y mettre un terme à tout prix, il est utile de comprendre : les conflits entre frères et sœurs sont parfaitement normaux et même nécessaires à leur développement.
Apprendre à vivre ensemble, négocier, s’affirmer et composer avec autrui sont des compétences qui se construisent précisément dans la fratrie. Les disputes, loin d’être synonymes d’échec parental, offrent des occasions précieuses d'apprendre la gestion émotionnelle, la communication et la résolution de problèmes.


Les causes fréquentes de disputes : un éclairage concret

  • Rivalité pour attirer l’attention parentale : Chaque enfant veut se sentir unique et important. Un sentiment d’injustice, un parent jugé "plus proche" ou un petit dernier qui "prend toute la place"... les frustrations s’accumulent vite.
  • Différences d'âge et de besoins : Un ado qui veut du calme, un petit qui débordent d’énergie… Les envies et rythmes opposés favorisent les tensions.
  • Partage d’espace et d’objets : Qui contrôle la télé, qui a le plus de place sur le canapé, qui touche à mon jouet… L’espace et les affaires personnelles sont des terrains ultra sensibles.
  • Manque de repères clairs : Quand les règles de vie ne sont pas explicites (pour le temps d’écran, de jeu, la gestion du rangement…), la confusion alimente la confrontation.

Faut-il intervenir ou laisser faire ?

Première question que se posent beaucoup de parents : dois-je m’interposer à la moindre dispute ? En réalité, tout dépend de l’intensité et du type de désaccord.

  • Conflits légers et "coups de gueule" sans violence : On peut observer à distance. Laisser un peu d’espace aux enfants leur permet d’apprendre à gérer désaccords et compromis. Même les cris ou les pleurs, tant qu’ils ne durent pas ni ne dégénèrent, ne signent pas un drame.
  • Disputes récurrentes ou agressives : Si l’un commence à insulter, taper ou détruire les affaires de l’autre, il faut intervenir sans attendre. La sécurité, le respect de soi et d’autrui priment.

En résumé : pas question de tout laisser passer ni de "tout faire cesser" illico. Accompagner, c’est aussi apprendre à jauger la bonne distance.


10 astuces concrètes pour désamorcer les conflits du quotidien

  1. Nommer et valider les émotions
    Plutôt que de gronder d’emblée, commencez par décrire ce qui se passe : « J’entends que vous êtes très en colère tous les deux. » Chacun doit sentir que son ressenti est reconnu, même s’il doit apprendre à le canaliser.
  2. Limiter les comparaisons
    Évitez les jugements du type « Regarde ta sœur, elle range, elle ! ». Les comparaisons nuisent à l’estime de soi, accentuent la rivalité et bloquent le dialogue.
  3. Encourager la recherche de solution
    Proposez-vous en médiateur : « Que pourrait-on faire pour que chacun ait sa part de gâteau (ou de télé) ? » Stimulez leur imagination et valorisez chaque compromis trouvé.
  4. Mettre en mots les règles de la maison
    Rappelez régulièrement : « Ici, on ne se frappe pas. Ici, chacun peut jouer 15 minutes, puis on tourne. » Énoncez peu de règles, mais de façon claire. Un pictogramme ou un tableau aide les plus jeunes.
  5. Créer des temps privilégiés individuels
    Accordez à chacun des moments en tête-à-tête (lecture, cuisine, balade…). Le sentiment d’avoir « sa » place rassure et diminue la jalousie.
  6. Renforcer les moments de coopération
    Se disputer, mais aussi rire ensemble ! Proposez des jeux coopératifs, lancez ensemble un défi culinaire ou construisez une cabane à deux. Les souvenirs positifs soudent la fratrie.
  7. Proposer un « coin calme » ou « boîte à colère »
    Pour aider les enfants à réguler la montée de tension, proposez-leur un endroit neutre où chaque membre peut aller « refroidir » sa colère avant de discuter.
  8. Apprendre à demander pardon… et à pardonner
    Valoriser le fait de s’excuser sincèrement, d’admettre qu’on a dépassé les bornes, mais aussi celui d’accepter les excuses de l’autre : la véritable réparation passe par ce double mouvement.
  9. Éviter de rejouer sans cesse les vieux scénarios
    Si les mêmes sujets reviennent (« c’est toujours moi qui… », « il se plaint tout le temps… »), c’est qu’il faut revoir le partage des tâches, clarifier une injustice ressentie ou renouveler les rituels familiaux.
  10. Prendre soin de son propre calme
    L’adulte qui crie, menace ou s’énerve amplifie la crise. Respirer, prendre une pause (et le dire) montrent aux enfants comment gérer les tensions : « Je vais voir dans la cuisine, je reviens discuter quand la colère sera retombée. »

Que faire quand un conflit dégénère ?

Malgré toutes les précautions, certaines disputes peuvent déraper et entraîner insultes, agressions ou objets cassés. Dans ce cas :

  • Agissez sans délai : Séparez physiquement si nécessaire (« Stop, tout le monde s’éloigne !»), assurez la sécurité de chacun et vérifiez qu’il n’y a pas de blessure.
  • Nommez ce que vous observez : « Je vois que tu as lancé un jouet, que tu es très en colère. Mais ici on ne frappe pas, jamais. »
  • Accordez un temps de retour au calme : Pas de recherche immédiate d’explication, laissez chacun souffler quelques minutes.
  • Suggérez un temps de réparation : Selon l’âge, demandez à l’enfant ce qu’il peut faire pour réparer (un dessin, rassembler les jouets, présenter des excuses, etc.).

Comment renforcer l’harmonie du groupe frères-sœurs ?

  • Organisez des responsabilités partagées : Chacun peut devenir « responsable » d’un espace ou d’une tâche pour la semaine (mettre la table, ranger les chaussures, etc.), à faire en binôme ou chacun son tour.
  • Mettez en place des rituels de famille : Un repas à thème, une soirée jeux, le « conseil de famille » du dimanche… Ces rendez-vous nourrissent l’appartenance et désamorcent les conflits quotidiens.
  • Accueillez les différences… et les similitudes : Prendre le temps de lister ce que chaque enfant aime, sait faire, déteste, et mettre en lumière leurs singularités comme leurs points communs.
  • Valorisez les efforts de chacun : Plus que la recherche d’une entente permanente (utopie !), féliciter les moments de coopération et les tentatives de compromis a un effet très positif.

Quels pièges éviter pour ne pas aggraver les disputes ?

  • Prendre systématiquement parti : Évitez d’attribuer constamment le rôle de « rebelle » ou de « victime » à l’un ou l’autre, au risque de figer les positions.
  • Faire la leçon au mauvais moment : En pleine tempête émotionnelle, le temps n’est pas à la morale. Préférez revenir au calme et discuter plus tard.
  • Multiplier les punitions collectives : Priver toute la fratrie d’une sortie à cause d’un seul peut renforcer le ressentiment et alimenter les conflits de manière indirecte.
  • Nier l’existence des conflits : Vouloir à tout prix une harmonie de façade ne permet pas aux enfants d’apprendre à se défendre, s’affirmer ou négocier justement.

Checklist rapide pour apaiser les tensions fraternelles

  1. Observez sans (trop) intervenir dès la première étincelle.
  2. Rappelez le respect et la sécurité comme règles absolues.
  3. Laissez à chacun la parole et nommez les ressentis.
  4. Demandez aux enfants : « Quelle solution proposerais-tu ? »
  5. Évitez la surmédiation des parents, encouragez l’autonomie de résolution.
  6. Mettez en place un "rituel de réparation" en cas de dérapage.
  7. Renforcez les moments positifs partagés pour créer du lien.
  8. Prenez le temps, une fois par semaine, de faire un point « climat de la famille ».

Quand et pourquoi consulter un professionnel ?

Des disputes répétées, très violentes ou marquées par de la souffrance durable (isolement, pleurs fréquents, mésestime de soi, refus de participer à la vie familiale…) doivent alerter. Un psychologue, médiateur familial ou conseiller en parentalité peut accompagner la famille pour rétablir le dialogue et construire un cadre rassurant. Demander de l’aide, ce n’est pas « échouer » en tant que parents, mais offrir à chacun l’occasion d’avancer autrement.


En synthèse : transformer les disputes en apprentissages

Nul besoin d’ambitionner la disparition totale des chamailleries : l’important est de donner aux enfants des outils pour gérer leurs émotions, nommer leurs besoins et inventer des compromis. Chaque dispute, bien accompagnée, prépare les enfants à des relations apaisées avec les autres – et avec eux-mêmes. En tant que parent, votre rôle n’est pas de jouer les arbitres à plein temps, mais d’offrir un cadre, des repères clairs, et confiance dans leur capacité à grandir… ensemble. 


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