Lorsque l'émotion de l'enfant bouleverse le quotidien
Une crise de larmes au moment de mettre les chaussures, une colère incontrôlée parce qu'il faut quitter le parc, des soirées où l'épuisement fait place à l'agacement réciproque... Les moments difficiles rythment la vie familiale. Pourtant, ce n'est pas une fatalité : en s’appuyant sur la parentalité empathique, il est possible d’apaiser ces situations et d’en faire de véritables opportunités de lien et de croissance, pour les enfants comme pour les parents.
Parentalité empathique : comprendre avant de réagir
La parentalité empathique n’est pas une méthode miracle, mais une posture : celle d'accueillir les besoins et les émotions de son enfant, même lorsqu’ils prennent la forme de comportements difficiles. Plutôt que de voir la colère, la tristesse ou l’opposition comme des « caprices » à éliminer, elle invite à se demander « qu’est-ce qui se passe pour mon enfant ? » et à répondre d’abord sur le plan de la relation avant celui de la discipline.
Ce que signifie l’empathie parentale au quotidien
- Etre attentif aux signaux (mots, gestes, attitudes) de l’enfant et de ses propres ressentis de parent.
- Nommer les émotions sans les juger : « Tu es très fâché parce que tu dois t’arrêter de jouer ».
- Valider ce que l’enfant ressent comme réel et légitime, même si l’adulte ne vit pas les choses de la même manière.
- Offrir une écoute disponible plutôt qu’une solution immédiate.
Pourquoi les enfants traversent-ils des moments difficiles ?
- Immaturité neurologique : les tout-petits ne disposent pas encore des outils cognitifs pour gérer frustration et impulsivité. Les orages émotionnels font partie de leur développement.
- Besoins non comblés : fatigue, faim, besoin d’attention ou de sécurité accru sont souvent à l’origine de débordements.
- Transitions mal vécues : passer d’une activité à une autre, affronter une séparation, un changement d’habitude ou une contrariété réveille l’anxiété et le besoin de réassurance.
Adopter une attitude empathique : étapes concrètes
Lorsque la tension monte, il est difficile de garder son calme et sa patience. Voici des repères pour faire grandir l’empathie parentale, même dans la tempête :
1. Prendre soin de soi pour mieux accueillir l’autre
- Identifier et reconnaître ses propres émotions (« Je suis fatigué·e, ce comportement m’exaspère... »)
- Faire une pause (même une minute) pour respirer profondément et éviter de réagir à chaud.
- Se rappeler que la situation n’est pas une attaque personnelle mais l’expression d’un besoin ou d’une tempête intérieure chez l’enfant.
2. Se mettre à hauteur d’enfant
- Regarder l’enfant dans les yeux, s’agenouiller près de lui pour créer le contact.
- Troquer « ça suffit ! » ou « arrête tout de suite » contre une observation plus neutre : « Je vois que tu as beaucoup de colère/envie de crier en ce moment ».
- Attendre que l’enfant reprenne son calme avant de parler du comportement et des règles.
3. Verbaliser les émotions pour aider à les apprivoiser
- Mettre des mots sur le vécu de l’enfant : « Tu es déçu parce qu’on doit partir du parc », « C’est difficile de dire au revoir à Mamie ».
- Suggérer une manière d’exprimer son émotion qui fasse moins mal : « Tu peux taper dans ce coussin, crier dehors, ou dessiner ta colère… »
Faire des moments difficiles des occasions de se rapprocher
Décrypter le besoin caché derrière le comportement
Un enfant qui hurle au supermarché ? Il cherche peut-être à signifier sa fatigue ou son malaise face à la foule. Un ado qui claque des portes le soir ? Peut-être souhaiterait-il simplement qu’on l’écoute sans le juger. Chercher, avec curiosité et sans deviner hâtivement, quel besoin sous-tend la crise, c’est déjà ouvrir un dialogue plus positif.
Proposer des alternatives et faire équipe
- Offrir un « choix limité » plutôt qu’une injonction : « Tu veux mettre ton pyjama avant ou après le lavage de dents ? »
- Créer un rituel de retour au calme (respiration, câlin, musique douce).
- Remercier l’enfant pour l’effort réalisé : « Merci d’avoir essayé de me dire avec des mots ce que tu ressentais ».
Outils concrets pour adoucir la vie de famille au quotidien
- La boîte à émotions : Un espace où chacun peut déposer (via dessins, mots ou objets) son humeur du jour. Cela favorise l’expression et la reconnaissance des émotions, même pour les jeunes enfants.
- Le coin retour au calme : Plutôt qu’un « coin punition », un endroit douillet avec livres, peluche, coussins, où se réfugier lors d’une tempête émotionnelle, seul ou avec un adulte.
- Le « temps spécial » parent-enfant : 15 minutes dans la journée où l’enfant choisit l’activité, sans téléphone ni tâches ménagères, pour nourrir le lien positif et combler le besoin d’attention.
- L’humour et le jeu : On peut désamorcer le conflit en proposant « la dispute des peluches », le concours de grimaces fâchées, ou encore en chantant fort et faux (avec l’accord de l’enfant, évidemment) pour évacuer la tension !
Ce qu’il vaut mieux éviter dans une démarche empathique
- Minimiser ou nier les émotions (« Ce n’est pas grave, arrête de pleurer », « Y’a pas de raison d’avoir peur ») : cela coupe le dialogue et empêche l’enfant d’apprendre à nommer ce qu’il vit.
- Céder systématiquement pour éviter la crise : la parentalité empathique n’exclut pas la fermeté. Il s’agit de montrer qu’on comprend sans forcément changer la règle.
- Se juger ou culpabiliser si l’on perd patience : personne n’est infaillible, le plus important est de savoir s’excuser et d’expliquer ses propres débordements (« Je me suis emporté·e, je vais essayer de faire mieux la prochaine fois »).
Questions fréquentes : dépasser les idées reçues
- Et le respect de l’adulte ? S’intéresser à l’émotion de l’enfant ne signifie pas renoncer à un cadre. On accompagne l’émotion, puis on rappelle la règle. Ex : « Tu as le droit d’être en colère, mais tu n’as pas le droit de taper. »
- La parentalité empathique, est-ce toujours possible ? Non: certaines situations (fatigue extrême, contexte difficile) rendent la posture plus ardue. Mais plus on s’entraîne, plus c’est accessible. Il est précieux de demander du soutien ou de passer le relais quand la coupe est pleine.
- Doit-on accepter tous les débordements ? Non: on accueille l’émotion, mais on peut tout à fait poser des limites sur le passage à l’acte. Ex : « Tu peux être en colère, mais tu ne casses pas de jouets. »
Checklist pratique : réagir avec empathie lors des moments tendus
- Faire pause et respirer avant de répondre.
- Observer et nommer l’émotion de l’enfant sans interpréter.
- Valider le ressenti : « Tu as le droit d’être triste / en colère ».
- Proposer si possible un choix ou une solution acceptable.
- Rappeler la règle ou la limite calmement, expliquer si besoin.
- Après la tempête : échanger sur ce qui s’est passé, sans sermonner (« Qu’est-ce qui t’a aidé à te calmer ? Que pourrait-on essayer la prochaine fois ?»).
Des moments difficiles... aux souvenirs de réussite
Transformés par l’écoute et l’empathie, les épisodes de tensions ne disparaissent pas comme par magie — mais ils perdent de leur intensité et laissent place, au fil du temps, à une relation de confiance accrue. L’enfant qui se sent entendu et compris apprend doucement à mettre des mots sur ce qu’il traverse, puis à gérer lui-même ses émotions. Les parents, de leur côté, mesurent qu’accueillir la difficulté ne signifie ni tout concéder ni tout contrôler, mais tisser un lien capable d’absorber les tempêtes du quotidien.
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